Chassée de chez elle pendant la guerre, Juljes Selvamalar vit toujours dans un camp de personnes déplacées. Elle ne comprend pas pourquoi l’armée occupe encore son terrain qu’elle considère comme zone de haute sécurité.

Âgée de 47 ans, Juljes Selvamalar est la fille d’un pêcheur du village de Kankesanthurai, situé au nord de la péninsule de Jaffna. Toute sa famille a été chassée lors d’une attaque de l’armée de l’air sri lankaise. Juljes Selvamalar habite maintenant depuis 27 ans dans le camp de Nethawan, qui abrite des personnes déplacées. Les infrastructures et les conditions d’hygiène y sont mauvaises et les possibilités de gagner sa vie sont quasi inexistantes. La famille a perdu ses moyens de subsistance issus de la pêche et vit des revenus du fils, qui travaille comme maçon. Le mari de Juljes, qu’elle a connu dans le camp, a été enlevé en 2008 et depuis on n’a plus aucune trace de lui.

Jusqu’à présent, l’armée occupe la terre de la famille et exploite juste à côté de leur ancien terrain le Thalsevana Resort, un hôtel militaire touristique. Cet été, Juljes Selvamar s’est rendu dans cet hôtel avec ses deux enfants pour leur montrer leur ancienne terre. « Lorsque j’ai vu ma terre, j’ai été prise de sanglots », raconte-t-elle avec tristesse. « Je souhaite tant retourner vivre là où j’ai grandi. » Elle ajoute avec amertume: « La guerre est terminée, pourquoi l’armée a-t-elle encore besoin de notre terrain ? Cet hôtel devrait être situé sur des terres appartenant à l’État. »

Après la guerre, plusieurs gouvernements ont promis de rendre leur terre aux personnes déplacées. Même si une partie des terres a été rendue et qu’un processus de réinstallation a commencé, nombreuses sont les personnes chassées qui attendent toujours de pouvoir rentrer chez elle. Juljes Selvamar n’accorde guère plus de confiance au nouveau gouvernement, même si elle a aussi voté pour le Président Sirisena : « Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas tenu parole et s’est contenté de vaines promesses. »